Pourquoi se lancer dans une course à obstacles?

Mis à jour : 26 mai 2019



Vous voyez à l'occasion passer des photos de vos amis « machines » qui se lancent dans des courses à obstacles et vous vous dites peut-être « je ne pourrais jamais faire ça »?

Il n'y a rien de plus faux. Vous pouvez le faire!

Quand j'ai découvert que les courses à obstacles existaient, je regardais ces photos et vidéos avec un désir bien enfoui d'essayer, moi aussi. Ça me paraissait cependant tellement gros que j'avais peine à m'avouer que je voulais le faire.

Le récit qui suit est tiré de mon ancien blog, La vie est une montagne, et a été écrit en 2015.

Au delà de l'épreuve sportive, il relate l'histoire d'une gang de filles dont le lien d'amitié s'est transformé à jamais.

J'espère qu'il vous donnera le courage de vous lancer, car la vie est en soi une course à obstacles... on survit, et on devient plus fort.

Ma première course à obstacles

Partie I – Les amitiés

Pour mes 35 ans, j'ai pris la décision de me faire le plus beau cadeau du monde. J'ai décidé que, pour le reste de ma vie, je serais au sommet de ma condition physique, à l'âge que j'ai et avec le corps que j'ai.

Dans l'immédiat, ça signifiait être au sommet de ma santé, à 35 ans, avec le corps d'une femme qui a donné naissance. À 60 ans, la réalité ne sera pas la même et j'ignore les maux physiques que la vie me réserve. Je peux néanmoins me faire la promesse de travailler avec le corps que j'ai, et ce, à toutes les étapes de ma vie.

Le jour de ma fête, cette même année, j'ai lancé un défi à mes amies de longue date : s'entraîner pour réussir à compléter une course à obstacles d'environ 5 kilomètres.

WHAH! Aussitôt les mots sortis de ma bouche, la discussion s'est enflammée... je ne sais pas ce qui s'est passé, mais en l'espace de 15 minutes, elles étaient toutes convaincues.

TOUTES! Même Annie! Annie qui détestait le sport, mais qui avait un criant besoin de s'y mettre. Même Zazou, qui s'autoproclamait « moumoune ». TOUTES! Nous avions 9 mois pour nous entraîner... le temps d'une gestation... et justement, Véronique est tombée enceinte et a dû se retirer du projet (physiquement seulement).

Pendant les mois qui ont suivi, nous avons multiplié les rencontres, les entraînements... nous nous sommes vues tellement souvent! Les années précédentes, on ne se voyait presque plus... juste aux anniversaires. Là, on se voyait aux semaines!

Courses sur la montagne avec Marilyn, course et Trek Fit au parc Laurier avec Isabelle et Marlène, entraînement avec le coach d'Annie à son gym... gros deadlift lourd avec Marilyn à mon gym... l'énergie du groupe était complètement renouvelée... notre amitié, longue de 20 années, avait pris une tout autre dimension... Aujourd'hui, quand je repense à ces neuf mois, je me demande franchement :

« Qu'est-ce que j'ai préféré? L'entraînement ou la course elle-même? ».

Partie II – Les cordes

Mon corps oscille à je ne sais pas combien de pieds dans les airs. Il n'y a pas seulement moi de suspendue à cette corde sans nœuds... il y a le temps, puis il y a Marlène et Marilyn, qui me regardent d'en bas en retenant leur souffle.

Une pluie fine tombe, tout est silencieux. J'ai réussi à me hisser au trois quarts de la corde. À petites doses. Trop lentement. Je m'agrippe. Je veux me rendre en haut, je suis si près du but. J'ai les lèvres qui virent au bleu, d'après ce que me disent les filles après... ça fait trop longtemps que je suis immobile dans la corde.

L'inertie est trop dure à vaincre et je me suis épuisée... j'abandonne. J'amorce ma lente descente. Les larmes me montent au yeux. Je l'avais presque!

Nous étions parties cinq, environ 30 minutes plus tôt, sans promesse de nous suivre. Nous avons d'abord gravi la montagne dans la boue jusqu'au chevilles, jusqu'aux genoux, jusqu'aux cuisses... J'ai tendu la main à un gars pris dans la boue. C'était tout naturel, tout le monde s'aidait. La pluie tombait droite. Un orage au loin. Aucun vent. Nous étions dans la forêt dense, la brume partout. Moment surréel. On se serait cru dans la forêt amazonienne. Dans la brousse en plein film de guerre.

Annie et Isabelle étaient maintenant derrière, et nous formions un petit noyau de trois, Marlène, Marilyn et moi.

C'est ensemble que nous gravissons le mont Tremblant pendant ce qui me semble être un éternité, en suivant le serpentin humain qui s'étire à l'infini après chaque tournant. Le soleil est maintenant sorti, il fait chaud, mais la brise est bonne, d'en haut.

Et nous n'avons AUCUNE IDÉE des émotions qui nous attendent dans la descente.

Partie III – Les éléments

Après une montée qui a duré ce qui a semblé des heures, nous amorçons la descente.

On saute par-dessus les balles de foin, Marlène dit que ça lui rappelle son enfance, et soudain on entend :

LES FIIIIIIIIIIILLES!!!!

C'est Isabelle!

« J'ai piqué dans la bois pis je m'en fous!!! J'ai entendu vos voix pis je voulais pas continuer sans vous! Je pense qu'Annie a abandonné, les filles... ».

Impossible. Dans mon esprit, c'est im-pos-sible qu'Annie ait abandonné. Annie, la directrice d'école, le pilier, la femme de marbre. Je ne crois pas une seconde qu'elle ait pu abandonner.

« Non, mais les filles, vous étiez pas là quand elle m'a dit de pas l'attendre. Elle avait vraiment l'air découragée, je l'ai jamais vue de même... »

Isabelle sème le doute dans nos esprits. On court, ça descend, ce parcours est interminable. J'ai des crampes dans le ventre... et j'ai faim.

Et là, un nœud dans le ventre.

« Oh my GOOOOOD!!! »

Le feu.

Je savais bien qu'il y aurait un feu, mais je pensais pas que ce serait un brasier de quatre pieds de hauteur par quatre pieds de largeur! La braise... moi qui croyais que cette épreuve serait facile... mais là, non.

J’ai peur, je tremble, je me mets à pleurer, je suis terrorisée. Après avoir observé la chose une minute ou deux, mes amies franchissent le feu une à une, d’abord Marilyn à la vitesse de l’éclair.

Moi je reste plantée là et je pleure…

« Vas-y!!! ça brûle pas!!! »

Ben oui. Voir que ça brûle pas! Si je trébuche dans la braise, ça va pas pas brûler!

Je finis par me convaincre que c'est comme passer son doigt dans la flamme d'une chandelle, sauf que là, c'est passer le corps dans un bûcher. Toutes mes amies l'ont fait. Je saute...

...et l’orage éclate.

J’ai une peur bleue des orages.

La prochaine épreuve est une structure EN MÉTAL!!! NO WAY! Je fais pas ça!

Le gars dit « si t’essaye pis que tu tombes, c’est 10 burpees. Si tu passes à côté, c’est 30 »… et moi je décide de ne même pas essayer, pis je fais mes 30 burpees en pleurant dans l’orage… SOUS PLEIN D'ARBRES! J'en fais deux ou trois à la fois. Je tremble et je pleure. C'est pathétique. Surtout que je suis à un obstacle de la ligne d'arrivée : je peux la voir!

En reprenant mes esprits, et avec comme seul désir qu'on en finisse, je me dirige avec Isabelle vers le dernier obstacle. C'est un mur glissant en haut duquel il faut s'asseoir, agripper une corde, et descendre.

On est assises en haut ensemble et on tremble toutes les deux. Isabelle me regarde et me dit qu'elle a peur, je luis dis que moi aussi...

1-2-3 GO

On se tient debout immobiles, à deux mètres de la ligne d'arrivée, comme stupéfaites de l'avoir fait. Puis on se prend la main et on franchit la ligne d'arrivée.

Partie IV – Seule dans la montagne

Annie n'a pas récupéré son sac : elle encore dans la montagne.

Il pleut des cordes. Nous sommes transies de froid. C'est quand même juste le 24 mai.

Nous mangeons nos collations, les dents qui claquent, il n'y a pas beaucoup d'endroits où on peut se mettre à l'abri de la pluie.

Une heure passe.

Isabelle a l'idée de génie d'aller nous chercher des cafés pour nous réchauffer.

On décide d'aller attendre Annie à la hauteur du feu... ça va nous réchauffer.

Mais on n'a pas le temps de s'y rendre.

Marilyn l'aperçoit

ANNNIIIIIIIIEE!!!

On lui parle (crie) jusqu’à la fin.

Elle est épuisée… ce n'est pas la Annie que je connais. Celle-là a 6 ans. La montagne l'a brisée. Elle est vidée.

Elle n'arrive pas à se hisser en haut du mur glissant.

J'EN PEUX PUUUUUUUUUUUS!!!!!

Elle le contourne... et franchit le fil d’arrivée en pleurant.

Nous aussi on pleure en la prenant dans nos bras. Elle pleure comme un enfant.

Elle nous raconte à quel point elle a eu froid... qu'elle a pensé mourir là-haut.

« Je ferai plus jamaaaaaaaiiiiiiis ççççççaaaaaa.... » (moi je ne la crois pas)

Partie V – Le cadeau du Ciel

Les lèvres bleues, le corps tremblant, nous retournons vers la voiture... nous avons beaucoup de bouteilles de champagne à ouvrir.

C'est que, ce jour-là, la plus grande Spartiate d'entre nous brillait par son absence : Véronique avait donné naissance le matin même à son deuxième fils.

Darius Joe Edgar Jean-Louis Spartiate... Lefebvre.

J'imagine que c'est ça, naître sous une bonne étoile...


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#amitié #défi

© Sophie Lepage 2018

Photos haltérophilie : © Michael Abril