Ultratrail du mont Albert – Récit


KILOMÈTRE VERTICAL (5 KM SUR 1 000 DE DÉNIVELÉ) – 26 juin 2015

Le matin du 26 juin 2015, je suis partie de Rimouski pour me rendre au parc national de la Gaspésie, où une première épreuve m'attendait dans le cadre de l'Ultra Trail du mont Albert. Il s'agissait du kilomètre vertical, une course de 5,6 kilomètres avec un dénivelé de 1 000 mètres. La course se terminait au sommet du mont Albert.

J'étais contente de faire cette course, car le sentier emprunté correspondait aux 5 derniers kilomètres de ma course du lendemain... ça me permettait de faire un tour de reconnaissance.

Avant de partir de Rimouski, j'ai ouvert au hasard mon livre de Bruce Lee, et je suis tombée sur cette citation :

« Are you going to make your obstacles stepping stones to your dreams, or stumbling blocks because unknowingly you let negativess, worries, fear, etc. get over you? ».


La citation a pris tout son sens quand j'ai mis les pieds dans le sentier « vertical ». J'ai passé 1 h 20 à me répéter « stepping stone, stepping stone, stepping stone... ». Les 100 derniers mètres de l'ascension se faisaient dans la neige (fin juin), et on se faisait accueillir au sommet au son du clairon.

Une fois au sommet, j'ai vite eu froid, il faisait environ 5 degrés. Je me suis couverte, j'ai pris quelques photos, et je suis redescendue doucement en grignotant. La descente m'a pris presque 2 heures. Je ne voulais absolument pas me blesser, les roches étaient mouillées et glissantes, et j'avais 22 km à faire le lendemain.

Je suis arrivée sur le site juste à temps pour la réunion d'information pour les courses du lendemain. On nous a confirmé qu'on avait vu des traces d'ours par dessus les traces des coureurs qui venaient de faire le kilomètre vertical. Glurp. Super rassurant. La réunion s'éternisait, le jour tombait, et mon campement n'était toujours pas monté.

Pas de stress.

Ce soir-là, j'ai monté ma tente en catastrophe avant le coucher du soleil, allumé un feu qui faisait juste de la boucane, mangé du Kraft Dinner à la frontale, eu la frousse de ma vie quand un orignal et son petit ont visité le sous-bois de mon terrain de camping, suis allée me brosser les dents en auto... me suis enfermée dans ma tente, me suis massé les jambes comme si y'avait pas de lendemain... pour finir par mal dormir jusqu'au matin... et me réveiller avec mes règles.

Pas de stress.

Je me pointe sur la ligne de départ du Skyrace une minute avant le départ, pas réchauffée, mal nourrie, mais munie d'une clochette à ours et couverte de chasse-moustiques. À frette!

SKYRACE DU MONT ALBERT (23 KM) – 27 juin 2015

Je laisse derrière la femme avec qui que viens de passer deux longues heures d'ascension. Les cinq derniers kilomètres de la course accusent un dénivelé négatif de 1 000 mètres. Je suis passée par ce sentier rocheux la veille, mais l'endroit a eu le temps de sécher un peu, ce qui fait que c'est moins glissant.

Il y a des sections dégagées, où je peux vraiment accélérer, et des sections de grosses roches, de racines et de petits cours d'eau, où je vais plus lentement. Je dépasse un groupe de filles avec qui j'étais au sommet, il y a quelques minutes.

Ça descend bien. J'ai presque fini. Je suis dans ma zone, mes pieds se posent au bon endroit. Ça fait plus de quatre heures que j'arpente la montagne, mais j'ai encore de l'énergie et l'adrénaline est au rendez-vous, car la ligne d'arrivée est à moins de trois kilomètres.

Stepping stone, stepping stone, stepping stone... touk, touk, touk, touk, touk, je suis un chat. Il suffit d'un pas posé au mauvais endroit.

La chute est brutale et l'onde de choc remonte jusque dans ma tête, ma vision devient trouble, je hurle. Ma première pensée : MES JAMBES! Est-ce que je peux bouger mes jambes? Ma deuxième pensée : Ça fait TRÈS mal. Une deuxième onde de choc. Je crie, j'essaie de bouger, mais pas trop.

Je reste allongée dans la « marche d'escalier » que forme un amas de racines. Heureusement, des gens arrivent près de moi. Je réussis à me relever, on vérifie que tout est mobile dans tous les sens.

Tout est ok, je repars en marchant et je pleure. Pas tant parce que j'ai mal, mais parce que j'ai eu si peur. Peur de perdre l'usage de mes jambes. Et aussi probablement parce que je suis fatiguée.